Interview

Philippe Doffey: «Il faut que la BCV soit la première offre à laquelle on pense»

L’ancien directeur général de Retraites Populaires, Philippe Doffey, a participé à la première réunion des conseils de fondation de la Fondation de Libre passage BCV et de la Fondation Épargne 3 BCV. Il y a été désigné au 1er janvier 2026 comme membre externe, une possibilité offerte par les statuts de ces fondations.
| Par Brigitte Demierre Prikhodkine, BCV

Un membre externe siégeant aux conseils des fondations de Libre passage BCV et Épargne 3 BCV, pratique inhabituelle? «Non», explique Paul-Antoine Darbellay, responsable du Conseil en prévoyance privée à la BCV, «les statuts de ces deux fondations permettent au conseil de fondation de désigner un ou plusieurs membres externes; quant aux membres internes, ils sont désignés par la Fondatrice, en l’occurrence la BCV». Depuis 2024, le poste de membre externe était vacant au sein du conseil de ces fondations et il est apparu qu’un regard d’expert externe et indépendant constituait une réelle plus-value pour ces fondations, dans un marché aujourd’hui très concurrentiel.

Le choix s’est porté sur Philippe Doffey, ancien directeur général de Retraites Populaires devenu administrateur indépendant. Convergences lui a posé quelques questions.

Vous n’êtes pas totalement étranger à la BCV, puisque vous y avez fait vos premières armes. Pouvez-vous nous raconter?

Philippe Doffey: J’ai intégré la BCV en 1988 à mon retour des États-Unis où j’avais obtenu un MBA. Je me suis chargé de l’introduction des ordinateurs personnels PC au sein de la Banque, qui venaient remplacer les machines à écrire. C’était une petite révolution à l’époque. Par la suite, j’ai contribué au lancement d’Unicible, qui a été l’un des premiers groupes suisses d'informatique du secteur bancaire au service de quatre banques cantonales romandes (ndr: Genève, Neuchâtel, Valais et Vaud).

Qu’avez-vous gardé comme image de la BCV de l’époque?

C’était une banque universelle d’un grand professionnalisme. J’y ai toujours eu d’excellents contacts, avec de grandes valeurs humaines. Il y a toujours eu un accueil constructif et bienveillant, notamment en rapport avec l’arrivée de nouvelles technologies.

Vous avez passé près de 30 ans aux Retraites Populaires dont près de la moitié comme directeur général. Vous avez déclaré «la retraite, pas pour moi». Quand on a occupé un tel poste, ce n’est pas possible d’arrêter?

Quand j’étais directeur général de Retraites Populaires, j’avais mis en place, pour les cadres supérieurs, la possibilité de prendre un congé sabbatique. J’en ai moi-même profité pendant trois mois en 2019, qui ont été en grande partie consacrés à mes activités sportives, courses à pied et à vélo et alpinisme. À la fin de cette période, je me suis rendu compte que le sport ne me suffisait pas et que je m’ennuyais. Cela m’a permis d’envisager et de préparer ma retraite autrement.

L'ancien directeur général de Retraites Populaires, Philippe Doffey, siège désormais aux conseils de fondation de la Fondation de Libre Passage BCV et de la Fondation Épargne 3 BCV.

C’est ce qui a motivé votre choix d’être administrateur indépendant?

Exactement. Je consacre 60% à 70% de mon temps à cette activité, qui constitue une sorte d’hygiène mentale. Cela me permet de rester actif et impliqué dans un domaine que je maîtrise, notamment au sein des conseils des fondations de Libre passage et d’Épargne 3 de la BCV, tout en développant de nouveaux horizons, par exemple auprès du CHUV ou de l’association Le Foyer à Lausanne. Bref, c’est une excellente opportunité.

Comment s’est passé votre premier conseil de fondation – Libre passage et Épargne 3 –, le 11 mars, à la BCV?

L’accueil a été excellent. Je n’entrais pas du tout dans l’inconnu, puisque la BCV et Retraites Populaires entretiennent de très bonnes relations d’affaires depuis longtemps. Le domaine d’activité m’était donc connu, tout comme les produits proposés par ces fondations. De plus, je connaissais déjà bien tous les participants: Patrick Botteron, le président des fondations, Henri-Pierre Monney, le vice-président, ainsi que les membres, Yves Crausaz et Pascal Udry.

De quoi discute-t-on au sein de ces conseils de fondation?

Il y a globalement deux volets de discussion. Le premier concerne tout le processus réglementaire, étant donné que le libre passage et le pilier 3a sont très cadrés par la loi. Ce processus est géré de manière très rigoureuse au sein des conseils. Le second volet concerne le positionnement de ces fondations sur le marché. C’est d’ailleurs à ce niveau que j’interviens plus spécialement et ce pour quoi j’ai été intégré aux conseils. Aujourd’hui, les produits de prévoyance sont sur un marché très compétitif et très convoité. Les établissements qui les proposent peuvent être attractifs sur la tarification, mais ce n’est pas le seul levier. Nous devons être capables d’offrir des processus conviviaux et attractifs lors de l’entrée en relation avec un client ou une cliente et être visibles et présents pour les personnes qui entrent sur le marché de l’emploi. Quand vous ouvrez, par exemple, un compte de pilier 3a, vous allez le conserver dans le même établissement jusqu’à votre retraite, sauf faute grave de l’établissement en question. Il faut donc que la BCV soit la première à laquelle on pense quand il s’agit d’ouvrir des prestations de ce type. Elle est déjà très bien positionnée avec la Fondation de Libre passage, la Fondation Épargne 3 et Avena – fondation BCV 2e pilier.

"De plus, je connaissais déjà bien tous les participants: Patrick Botteron, le président des fondations, Henri-Pierre Monney, le vice-président, ainsi que les membres, Yves Crausaz et Pascal Udry."

En quoi votre indépendance est-elle un atout au sein de ces conseils?

J’ai une grande indépendance dans les propositions que je peux formuler et n’ai aucune contrainte opérationnelle, au contraire de mes collègues. Je peux apporter un regard totalement neuf, critique et constructif et dispose d’une plus grande marge de manœuvre. Grâce à mon parcours professionnel, j’ai une très bonne connaissance de la concurrence et des solutions qu’elle propose. De plus, vu mon âge, j’échange aussi beaucoup avec les personnes qui sont à la retraite ou qui y arrivent bientôt. Imaginez-vous, en 2026, 100 000 personnes arrivent à la retraite, c’est un sacré défi, et je me réjouis de rester actif et pertinent dans ce domaine, en partageant mon expérience. Je ne le fais pas comme donneur de leçons, j’ai occupé les postes opérationnels des personnes qui sont autour de la table, mais cherche plutôt à instiller un challenge et un dynamisme positifs.

Et le sport, dans tout ça?

Il comble les 30% restants que je ne consacre pas à ma fonction d’administrateur. J'ai participé à la Patrouille des Glaciers le 14 avril et je réalise, au moins une fois par année, une grande course de vélo longue distance et un marathon.

Un service de proximité dédié à la prévoyance à la BCV

En tant que banque universelle, la BCV était bien placée pour constituer, en 1997, la Fondation de Libre passage et, en 1985, la Fondation Épargne 3. Ces fondations sont juridiquement indépendantes de la Banque, mais elles sont gérées par des collaboratrices et des collaborateurs de l’établissement. La Banque peut ainsi proposer à sa clientèle un service de proximité dédié à la prévoyance. Quant aux fondations, elles bénéficient de l’expertise d’une banque pour la gestion financière des avoirs qu’elles abritent. Et ceux-ci se montent aujourd’hui à près de 2,6 milliards au cumul des deux fondations.

Bien que différentes, la Fondation de Libre passage et la Fondation Épargne 3 visent le même but: la gestion et la protection des avoirs de prévoyance.

Deuxième pilier, dont sont issus les avoirs de libre passage, et troisième pilier lié sont réglementés par la loi, et notamment le moment où l’assuré peut disposer des fonds qui y ont été accumulés. Tant que ces avoirs sont légalement bloqués, ils sont gérés par des fondations dédiées. Celles-ci s’occupent notamment de la gestion administrative des comptes et des dépôts, de la libération des avoirs dans le respect des lois, et entretiennent des relations étroites avec les conseillères et les conseillers, la clientèle et les autorités de surveillance.

Fondation de Libre passage

La Fondation de Libre passage conserve les avoirs de la prévoyance professionnelle (deuxième pilier) lorsqu’une personne quitte son emploi sans rejoindre immédiatement une nouvelle caisse de pensions. Quand on change d’employeur, on transfère normalement son avoir de prévoyance vers la nouvelle caisse. Mais si on arrête de travailler (pause/voyage, chômage, études, création d’entreprise, par exemple), cet avoir ne peut pas rester dans l’ancienne caisse. Il est alors placé dans une fondation de libre passage. La fondation conserve et gère cet avoir jusqu’à ce que la personne rejoigne une nouvelle caisse de pensions et qu’elle puisse y verser tout son avoir déjà accumulé ou alors jusqu’à ce qu’elle prenne sa retraite ou retire son capital dans des cas très précis autorisés par la loi (financement de son bien immobilier, départ définitif de la Suisse, notamment).

En savoir plus sur le libre passage à la BCV

Fondation Épargne 3

La Fondation Épargne 3 fonctionne de manière similaire pour les avoirs du troisième pilier lié (pilier 3a). Le pilier 3a est une épargne volontaire destinée à compléter le premier pilier (AVS) et le deuxième pilier. L’argent que l’assuré verse est placé dans la fondation. Cette dernière le conserve et le gère jusqu’à la retraite de l’assuré. Cet avoir n’est pas imposé sur la fortune et les versements annuels (cotisations) sont déduits du revenu imposable. L’argent est en principe bloqué jusqu’à la retraite, mais peut être retiré dans des cas précis, là aussi inscrits dans la loi, comme notamment l’achat d’un logement principal, le lancement d’une activité indépendante, une retraite anticipée ou encore un départ définitif de la Suisse.

En savoir plus sur le pilier 3a à la BCV