Interview

"Le Ciel Lac Reflet a un aspect très émotionnel et symbolique"

L'oeuvre de Caroline Bachmann est élue BCV-Art, ma préférence 2026. Pour la troisième fois, les collaborateurs et les collaboratrices de la BCV ont pu élire l’acquisition de l’année de la collection d’art. Un vote sans appel pour une artiste représentative de la diversité de la scène plastique vaudoise, confirme Catherine Othenin-Girard, conservatrice de la collection.
| Par Anne Gaudard, BCV

Vous aviez le choix entre cinq œuvres d’artistes acquises des deux dernières années par la collection d’art de la BCV. Vous avez choisi. Et clairement. Le Ciel Lac Reflet de Caroline Bachmann a séduit près de la moitié des votantes et des votants. La réaction de Catherine Othenin-Girard, conservatrice de la collection d’art de la BCV.

Comment réagissez-vous au choix des collaborateurs et des collaboratrices de la BCV?

Catherine Othenin-Girard:Je ne suis pas étonnée. Le Ciel Lac Reflet est une des deux œuvres de Caroline Bachmann de la collection. Cette estampe représente un paysage lacustre inséré dans un cadre spécifique, en l’occurrence une vague, illustrant un lac toujours en mouvement. Cette symbolique constitue la particularité d’une approche, la peinture de paysage, que l’on pourrait qualifier – sans sens péjoratif – de classique. Le Ciel Lac Reflet traduit un certain rapport avec la nature, une approche plutôt poétique tout en étant incisive. C’est peut-être ce qui a séduit les collaborateurs et les collaboratrices de la BCV. Il y a un aspect très émotionnel et symbolique dans cette œuvre.

Qui est Caroline Bachmann?

Ce choix salue une artiste reconnue au parcours très riche. En résumé, disons qu’elle a eu plusieurs vies, qui vont de la céramique à la peinture de paysage, en passant par l’enseignement, le cinéma ou la création d’un espace d’art. Grande pédagogue, elle aime raconter, évoquer l’histoire de l’art.

Catherine Othenin-Girard, conservatrice de la collection d'art de la BCV. Crédit photo: Anoush Abrar

"Le Ciel Lac Reflet traduit un certain rapport avec la nature, une approche plutôt poétique tout en étant incisive. C’est peut-être ce qui a séduit les collaborateurs et les collaboratrices de la BCV."

D’ailleurs, elle s’est fortement nourrie de ses années d’enseignement dans son œuvre. Son activité plastique personnelle, elle l’a développée d’abord comme portraitiste en peignant de nombreuses femmes de son entourage. Puis, elle s’est intéressée à certains peintres paysagistes d’hier et d’aujourd’hui. Elle a développé un protocole qui vise à représenter le lac avec un point de vue identique. Il est vrai qu’elle habite à Cully, un endroit idéal pour une telle approche. Elle a pleinement relevé le défi de se lancer dans le paysage lacustre au 21e siècle. Sa cote a explosé ces dix dernières années. J’ajouterais, enfin, qu’elle a créé avec son compagnon, aujourd’hui décédé, Stefan Banz, la plus petite Kunsthalle, galerie d’art, du monde à Cully. Jetez-y un coup d’œil si vous vous promenez près de la place d’Armes, au bord du lac… C’est une preuve de son engagement, de sa très bonne connaissance de la scène artistique et de son rôle de passeuse.
 
En quoi est-elle représentative de la cuvée 2025-2026 des acquisitions de la collection d’art?

Les cinq œuvres finalistes représentent, chacune à sa manière, la scène artistique vaudoise, sa diversité, son dynamisme, sa complexité. Caroline Bachmann incarne parfaitement ce que c’est que peindre aujourd’hui: ce peut être reprendre un concept éprouvé et le remettre au goût du jour, l’imprégner de son expérience, de la société dans laquelle on vit, comme elle le fait avec les paysages.

Quels sont les critères pour entrer dans la collection d’art de la BCV?

Plusieurs facteurs sont pris en considération dans la sélection des œuvres que je propose à la commission d’art de la Banque. Je citerais principalement l’engagement de l’artiste, le questionnement sur notre temps, et bien sûr la qualité plastique. Le choix se porte uniquement sur les œuvres matérielles au sens physique du terme. Le digital ne fait pas partie des œuvres prises en considération, par exemple. Plus globalement, le rôle de la collection est de soutenir des artistes qui ont un lien professionnel avec le canton de Vaud, et de préférence des artistes émergents. Car le propre d’une collection d’entreprise, c’est notamment d’intervenir tôt dans la carrière d’un artiste. La démarche comprend un aspect entrepreneurial.

«Ce choix salue une artiste reconnue au parcours très riche.»

Quel regard portez-vous sur la scène artistique vaudoise actuelle?

Globalement, le marché de l’art est crispé depuis deux ans environ – exception faite pour les très grands noms. Dans ce contexte, les artistes produisent un peu moins, mais s’organisent différemment pour montrer leur travail, pour gagner leur vie, pour rencontrer leur public. Dans la région, nous avons vu éclore des espaces d’exposition pop-up. Lausanne est une ville particulière: elle possède beaucoup de musées, mais peu de galeries. Ce manque est compensé par le collectif. Les artistes s’associent pour louer un lieu, pour organiser un événement. Cela dit, la scène artistique vaudoise peut compter sur un atout de taille: l’ECAL. La politique de l’école a permis l’éclosion de nombreux artistes.

Sur le plan personnel, qu’est-ce qui vous a marqué au cours de votre carrière?

Impossible pour moi de nommer une œuvre ou un artiste, mais je dirais que ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la dynamique dans son ensemble. Mon travail me permet d’être au fait de ce qu’il se passe dans les ateliers, de ce qu’il s’y discute, de ce qu’il s’y prépare. Ces dernières années, nous avons en outre monté plusieurs expositions, qui ont ouvert la collection d’art à un large public. Au MCBA, mais aussi à Nyon ou à l’Hermitage à Lausanne. Avec ces manifestations, nous contribuons à remplir la mission de la collection: soutenir la création locale, la faire vivre, la partager avec les Vaudois et les Vaudoises.

Le public pourra-t-il voir prochainement des œuvres issues de la collection?

Nous sommes en train de préparer une nouvelle exposition au MCBA, ce sera vraisemblablement pour 2028.

> Vous voulez découvrir davantage l’œuvre de Caroline Bachmann. Elle expose en ce moment au Centre d’art de Bienne jusqu’au 29 novembre 2026.

La collection d’art de la BCV

Reflet de la scène artistique vaudoise contemporaine, la collection d’art de la BCV compte plus de 2200 œuvres, ce qui fait d’elle le plus grand rassemblement privé de créations d’artistes du canton. Loin de dormir dans des coffres, ces tableaux et autres sculptures sont exposés dans différents lieux – fondations, EMS, etc. – ainsi que dans les différents bureaux de la Banque, à Saint-François, au CAB, et dans les régions.

Pour en savoir plus: bcv.ch

Caroline Bachmann

Le parcours de Caroline Bachmann, que les gagnantes et les gagnants de BCV-Art, ma préférence 2026, pourront rencontrer dans son atelier de Cully.

Caroline Bachmann a étudié aux Arts Décoratifs de Genève, puis elle a vécu successivement à Barcelone et à Berlin. De retour en Suisse en 2003, elle a développé une collaboration artistique avec Stefan Banz. En 2010, ils ont fondé la Kunsthalle Marcel Duchamp | The Forestay Museum of Art, à Cully. De 2007 à 2020, elle est responsable de la filière arts visuels à la Haute École d’art et de design de Genève (HEAD). Elle expose régulièrement son travail dans les institutions culturelles suisses et européennes. Elle est, depuis 2020, représentée par la Duane Thomas Gallery, à New York, et depuis 2021 par Gregor Staiger, à Zurich, et Meyer Riegger, à Berlin. En 2022, elle est lauréate du Grand Prix suisse d’art / Prix Meret Oppenheim.

Les finalistes