Engagement

PLURI’elles, un réseau qui s’engage pour faire avancer le leadership féminin

Comment encourager l’accès au leadership féminin? En novembre, PLURI’elles a collaboré avec l’association We Power Up. Témoignages authentiques et conseils concrets ont rythmé la soirée. Un mélange devenu la marque de fabrique du réseau lancé il y a cinq ans et désormais bien ancré au sein de la BCV.
| Par Camille Andres pour la BCV

La directrice générale de la division Retail, Anne Maillard (au centre), a pris la parole lors de l'événement organisé en collaboration avec We Power Up.

Une devinette marque le début de la soirée: à quelle place se situe la Suisse en matière de participation et d’opportunités économiques pour les femmes? Les 60 personnes présentes, plutôt pessimistes sur le sujet, sont surprises: la Suisse est 53e sur 148 pays, d’après un rapport du World Economic Forum publié en 2024. Un résultat peu brillant. «On est dans le dernier tiers! La parité entre les sexes reste un défi. Si on continue au rythme actuel, il faudrait 134 ans pour combler l’écart», entre hommes et femmes pour l’accès aux postes à responsabilité, explique Karen Undritz, directrice de We Power Up, association née «pour donner envie aux femmes de devenir leaders».

En effet, les chiffres parlent d’eux-mêmes: si les hommes et les femmes accèdent de manière quasi identique au marché du travail dans notre pays, dès que des responsabilités sont en jeu, le décrochage est évident et augmente avec le niveau de qualification. Au final, seules 5% des CEO suisses sont des femmes, selon les chiffres du cabinet Artemia.

Connaître «les règles du jeu»

Pour creuser les origines de ce blocage, WePowerUp et PLURI’elles ont réuni pour leur table ronde des leaders expérimentés: Anne Maillard, directrice générale de la division Retail, BCV, Emmanuelle Badu, directrice Shared Services du Touring Club Suisse (TCS), et Gregory Feret, CEO & Chairman de Silicom Group, entreprise active dans l’IT. «Souvent ce qui manque pour le leadership c’est de travailler son réseau, d’adopter la bonne posture, de connaître les règles du jeu. Nous avons été conditionnées socialement à rester dans ‘notre ligne’, à ne pas laisser sa tête dépasser», confie d’emblée Anne Maillard. Les trois cadres exécutifs témoignent de leur parcours, apportent des conseils personnels: «ne pas rester trop longtemps à 50%», «anticiper assez tôt les questions de conciliation entre vie de famille et professionnelle», «profiter des programmes mis en place par les entreprises.» Ils partagent aussi leurs échecs et questionnements, comme Grégory Feret qui a un jour fait face à des blocages internes face à un recrutement issu de la diversité. Loin d’être feutrée, la conférence laisse la place aux interpellations du public qui réagit, témoigne, reprend les intervenants: certes, le sexisme crasse a disparu, mais sa version bienveillante subsiste, comment y faire face? Les échanges se font horizontaux. «On sent une vraie envie de partager, d’échanger, je n’ai jamais vu autant de questions au cours d’un événement», témoigne Patrick Botteron, directeur du Centre de compétences Private Banking, BCV.

«Je pense qu’il y avait dans la Banque, préalablement à l’existence de PLURI’elles, un besoin latent et réel pour échanger, partager nos expériences et nous soutenir.»

Annabel Morellec

Échanges bienveillants et constructifs

Le partage d’expériences est au coeur du réseau PLURI’elles, né il y a cinq ans de l’impulsion de quelques collaboratrices de la Banque «en mode start-up», se souvient Xiaohong Cheng-Leyvraz, cofondatrice du réseau. «Je pense qu’il y avait dans la Banque, préalablement à l’existence de PLURI’elles, un besoin latent et réel pour échanger, partager nos expériences et nous soutenir. Nous avons simplement su créer ce lieu de confiance, car les échanges sont toujours bienveillants et constructifs», analyse Annabel Morellec, cofondatrice du réseau.

Ces récits intenses et personnels, sans jugement, au cours desquels chacune et chacun partage ressources, conseils, vécus, ont aussi lieu au cours de la soirée avec We Power Up. Lors de travaux en groupe autour de différents aspects du leadership (motiver les équipes, faire face aux critiques, démonter les stéréotypes, etc.), une manager raconte ainsi comment elle a accompagné des équipes vers le départ. D’autres témoignent de situations de discrimination ou évoquent la conduite de projets qui leur tenaient à cœur.

Formats innovants

Chaque événement PLURI’elles s’accompagne d’une partie dédiée au réseautage. En revanche, le réseau ne s’est jamais enfermé dans un format. Au contraire, il a développé toute une série d’événements pour répondre à ses objectifs initiaux: encourager le développement professionnel des femmes dans la Banque, promouvoir une culture inclusive, contribuer au rayonnement positif de la BCV, comme le rappelle Xiaohong Cheng-Leyvraz. Soit des ateliers ciblés «reconduits régulièrement en raison des listes d’attentes», des webconférences, des conférences avec des personnalités inspirantes «qui permettent d’aborder plus spécifiquement des thèmes, comme la gestion du risque, la résilience, la confiance en soi», précise Xiaohong Cheng-Leyvraz, ou encore des conférences coorganisées avec d’autres organisations, par exemple, la Fondation Wish, à l’EPFL. Sans oublier le lancement, en automne 2025, de Regards croisés, un nouveau format visant à favoriser les échanges entre collaborateurs et collaboratrices, à permettre de découvrir des personnes et leur métier, à donner des idées de développement professionnel, à favoriser la collaboration et, bien sûr, à créer des liens. PLURI’elles a ainsi initié une culture du partage et développé des savoir-faire spécifiques en la matière. Le réseau totalise près de 44 événements auxquels participent environ 400 personnes par an.

PLURI’elles a lancé en 2025 Regards croisés. Lors de ce premier rendez-vous introduit par Xiaohong Cheng-Leyvraz, Steve Fragnière, responsable Private Banking Onshore, Loredana Hormuth, responsable du département Conseil et support à distance, et Arnaud Joye, expert en études immobilières et économiques, ont partagé leurs expériences sur les thèmes: biais et autres stéréotypes, leadership et équilibre vie privée-vie professionnelle.

En 2026, multiplier la participation

Désormais plus structuré, doté d’un comité solide et renouvelé, PLURI’elles aborde l’année 2026 en mode «scale-up». «Notre but est d’encourager davantage de personnes à participer. Prendre conscience des enjeux ne suffit pas, il faut travailler ses biais inconscients, échanger sans jugement et avec authenticité, c’est cette transparence qui permet à chacun d’apprendre des autres et de progresser», assure Xiaohong Cheng-Leyvraz. PLURI’elles réunira l’année prochaine des femmes dirigeantes de PME et des collègues de la BCV en collaboration avec d’autres réseaux, et travaillera sur le concept de méritocratie. Des projets qui, comme à l’accoutumée, se feront sur le mode participatif: «nous sommes toujours à l’écoute des feed-back et suggestions de nos collègues», souligne Annabel Morellec. Dans la droite ligne de la culture start-up.

«Une prise de conscience qui accélère la réflexion»

Vlada Rey, responsable Infrastructures et services généraux, BCV

«Pour moi PLURI’elles est cette association qui apporte de la valeur ajoutée discrète, mais oh combien essentielle. Elle va au-delà du réseautage entre les femmes de la Banque. Elle est un contributeur à la culture de la BCV. Sa valeur ajoutée ne peut pas se chiffrer en espèces, en ROI (ndlr: retour sur investissement) ou en chiffre d’affaires. C’est une valeur des ‘insights’, celle de la prise de conscience qui arrive pendant les événements et qui provoque un bond dans la maturité et la réflexion en l’espace de quelques heures. Dans un monde qui demande une productivité et une optimisation constante, c’est un must. Je suis fan inconditionnelle de PLURI’elles. Bravo ‘les Filles’!»

«Des échanges passionnants, un accueil bienveillant»

Mathieu Bertinat, conseiller clientèle privée, Rolle, BCV

«Pourquoi ai-je participé à plusieurs événements PLURI’elles au cours de ces cinq dernières années? Il est vrai qu’en tant qu’homme, la légitimité de ma présence à des événements de networking féminin peut se poser. Pourtant, les raisons de ma participation sont simples: je partage profondément les valeurs d’égalité et d’intégrité, et les thématiques proposées sont toujours stimulantes et enrichissantes. J’ai eu l’occasion d’y vivre des échanges passionnants et je me suis toujours senti accueilli avec bienveillance. J’encourage vivement d’autres hommes à s’y intéresser, mais également les femmes qui n’ont encore jamais participé à franchir le pas en 2026.»

 

Cinq ans d'échanges et de partages

Le parrain de PLURI'elles, Pascal Kiener, a salué le parcours réalisé depuis 2020, depuis la création de l'association. Lors de la RAI, il s'est dit impressionné par le travail accompli. Xiaohong Cheng-Leyvraz et Annabel Morellec ont tiré le bilan de ces cinq ans et présenté ce qui attend les collaboratrices et les collaborateurs de la Banque pour les prochaines années.

Retrouvez l'interview lors de la RAI dans la vidéo ci-contre.